septembre 9th, 2011 by Pharmacien

Selon un sondage réalisé par la BBC en 2004, explique un éditorial du British Journal of Psychiatry consacré à la musicothérapie, la meilleure « aide musicale» pour « améliorer les symptômes dépressifs» consisterait dans l’audition du disque des Smiths (le groupe formé par le Bitannique Steven Patrick Morrissey, entre 1982 et 1987), « I know it’s over » (Je sais que c’est fini, 1986). Malheureusement, poursuivent les auteurs qui examinent les mécanismes d’action possibles de la musicothérapie et constatent « l’émergence de preuves de son intérêt contre la dépression», « la grande disponibilité de ce  »rock du bourdon » (down-hearted rock) ne paraît guère avoir diminué la prévalence de la dépression !»

Pourtant, la musicothérapie anti-dépressive « semble agir», mais comment ? L’efficacité de cette « intervention complexe» tiendrait moins à « la personnalité du thérapeute» ou à la nature de sa relation avec le patient qu’à des « opportunités» offertes au sujet déprimé d’élaborer de nouvelles expériences dans « au moins trois dimensions interdépendantes», respectivement de nature « esthétique», « physique» et « relationnelle. »

La dimension esthétique est évidente, liée à la relation entre la dépression et « le manque d’expériences du plaisir dans l’existence» : la connotation hédoniste liée à la musique pourrait donc contribuer à restaurer un aspect du goût à la vie.

La dimension physique vient d’une « pratique active » (active doing) de la musique, liée au fait de jouer un instrument avec le musicothérapeute, dans la mesure où cette occupation constituerait un cas particulier d’exercice physique, et que « le rôle de l’activité physique dans la prévention de la dépression et dans l’atténuation de ses effets est bien reconnu. »

Et le troisième facteur est de nature relationnelle : selon certains psychologues du développement, il existerait des analogies entre le « vocabulaire musical» et les interactions précoces mère-enfant : ces interactions préverbales sont les premières à « nous instruire sur nous-mêmes, guider notre pensée et nous offrir des opportunités de plaisir dans le monde qui nous entoure.» Or leur  »musicalité » est « manifestement affectée, avec d’importantes implications pour le développement de l’enfant, lorsque les mères sont dépressives. » Proposer une réminiscence de ces premières expériences de sonorités  »para-musicales » est une justification supplémentaire pour certaines musicothérapies. Dans cette perspective, la fonction du thérapeute peut être considérée comme « néo-parentale : nourrir musicalement le patient, afin de faciliter un processus similaire de découverte de soi et des relations aux autres », en stimulant notamment la « capacité à donner du sens (experiencing meaning) et à éprouver du plaisir ( experiencing pleasure).

Source: Dr Alain Cohen (Anna Maratos & al. : « Music therapy for depression: it seems to work, but how? » Br J Psychiatry 2011-8; 199: 92-93.)

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