février 23rd, 2012 by Pharmacien

Les études expérimentales ont montré que le cannabis altérait les performances cognitives et motrices lors de la conduite automobile. Les expérimentations ne sont toutefois pas le reflet exact de ce qui se passe dans la pratique et l’on peut se demander si conduire sous l’emprise du cannabis a de réelles conséquences sur le terrain. L’interrogation est d’autant plus justifiée que les résultats des études épidémiologiques consacrées à ce sujet ne sont pas toujours cohérents.
Une équipe canadienne a réalisé une revue de la littérature et sélectionné 9 études pour une méta-analyse. Les résultats sont sans appel : conduire sous l’influence du cannabis multiplie par près de deux le risque de collision se soldant par des blessures graves ou un décès (Odds ratio OR 1,92 ; Intervalle de confiance à 95 % : 1,35 à 2,73 ; p = 0,0003). Les résultats diffèrent un peu selon le type de l’étude, avec un effet supérieur dans les études de haute qualité méthodologique, les études cas-contrôle (2,73 ; 1,23 à 6,33) et les études concernant les accidents mortels (2,10 ; 1,31 à 3,36). Si l’effet est moins évident pour les accidents mineurs, il paraît en revanche aggravé par la prise concomitante d’alcool.

Ces résultats sont cohérents avec de récentes données alertant sur l’augmentation de la présence de substances autres que l’alcool (cannabis et antidépresseurs) chez les victimes d’accidents graves ou mortels. D’autres travaux montraient aussi récemment que dans certaines régions, la conduite sous l’emprise du cannabis tend à devenir plus fréquente que la conduite en état d’ivresse chez les jeunes conducteurs.

L’alcool reste toutefois encore la substance le plus souvent retrouvée chez les victimes d’accidents et les données sur la relation entre la consommation d’alcool et les collisions sont plus robustes que pour le cannabis.
Les législations concernant la conduite sous l’emprise de cannabis varient selon les pays. En France, une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 4 500 euros d’amende s’applique à tout conducteur chez qui l’analyse sanguine détecte la moindre trace de stupéfiant, peine assortie d’un retrait de 6 points du permis de conduire.

 

 

Source: Dr Roseline Péluchon (Asbridge M et coll .: Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: systematic review of observational studies and meta-analysis. BMJ 2012; 344:e536 doi: 10.1136/bmj.e536)

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décembre 13th, 2010 by Pharmacien

L’épilepsie ne fait plus partie des pathologies contre-indiquant la conduite automobile. La délivrance et le maintien du permis de conduire sont toutefois soumis à conditions, en fonction de modalités qui diffèrent encore selon les pays européens.

Une étude réalisée au Royaume-Uni pourrait servir de base à la réflexion pour parvenir à une unification des législations à travers l’Europe. Outre-Manche, le permis de conduire est suspendu après une première crise, pendant 6 mois pour les conducteurs de véhicules légers, et pendant 5 ans pour les chauffeurs de poids lourds, taxis ou ambulances. Ce délai est considéré comme correspondant à un risque de nouvelle crise inférieur à 20 % pour les premiers et à 2% pour les seconds. L’essai, randomisé, contrôlé et multicentrique, a pour objectif de préciser que le risque de nouvelle crise au cours des 12 mois suivant la restitution du permis de conduire pour les conducteurs de véhicules légers reste bien inférieur au seuil de 20%.

C’est en effet le cas pour les patients chez lesquels un traitement a été initié. Ceux-ci ont un risque nettement inférieur à 20 % de refaire une crise dans les 12 mois suivants (risque non ajusté 14 %, intervalle de confiance à 95 % IC 10 % à 18 %). Pour les patients sans traitement, les auteurs sont moins formels, puisque, si le risque estimé est inférieur à 20 % (18 %), la limite supérieure de l’intervalle de confiance dépasse ce seuil (IC 13 % à 23 %), ne permettant pas d’exclure la possibilité d’un risque supérieur à 20 %.

L’analyse multivariée permet aussi d’individualiser des sous-groupes pour lesquels le risque pourrait être supérieur aux 20 % convenus, notamment les patients présentant des crises d’épilepsie pendant leur sommeil, et ceux dont l’électroencéphalogramme est anormal. Dans d’autres sous-groupes le risque estimé est supérieur à 20 %, mais avec une limite inférieure de l’intervalle de confiance en dessous de ce seuil ce qui ne permet pas cette fois d’exclure un risque inférieur.

Les auteurs estiment qu’en se basant sur ces données, deux attitudes peuvent être envisagées par le législateur. L’attitude «libérale », ne tenant compte que des résultats globaux et négligeant les intervalles de confiance, et décidant que tous les patients peuvent récupérer leur permis après 6 mois. Et une attitude plus « conservatrice », détaillant l’analyse multivariée et les intervalles de confiance, et individualisant la réponse en fonction des particularités de chaque conducteur.

Source: Dr Roseline Péluchon (Bonnett LJ et coll. : Risk of recurrence after a first seizure and implications for driving: further analysis of the Multicentre study of early Epilepsy and Single Seizures. BMJ 2010;341:c6477)

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