DISTILBÈNE : L’autre « affaire » sanitaire, sur 3 générations de femmes

Le Réseau D.E.S. France organisait 2 journées de colloque, les 19 et 20 novembre, pour faire le point des connaissances sur les conséquences de l’exposition au Distilbène, hormone de synthèse et sur leur prise en charge, avec pour titre « DES ; 3 générations ; réalités – perspectives ». Car les conséquences de l’utilisation du DES pourraient affecter 3 générations de femmes, les mères « sous Distilbène », leurs filles et leurs petites filles. Prescrit en France jusqu’en 1980 aux femmes enceintes pour prévenir les fausses couches, malgré une interdiction dès 1971 aux Etats-Unis, le distilbène n’est pas sans rappeler l’affaire du Mediator dont le retrait aura pris plus de douze années à partir des premières mises en garde américaines.

En 1938, est découvert le diéthylstilboestrol (DES), un œstrogène de synthèse très peu couteux à mettre en œuvre, prescrit quelques années plus tard en cas de risque de fausse couche. Laissé dans le domaine public, ce médicament est ensuite commercialisé par de nombreux laboratoires pharmaceutiques, et, en France, sous les marques :

  • Distilbène® produit par le laboratoire UCEPHA racheté par UCB Pharma,
  • Stilboestrol-Borne® produit par le laboratoire Borne, (aujourd’hui Novartis) jusqu’en 1974.

Mais, dès 1953, une étude clinique américaine constatera que le DES ne diminue pas l’incidence des accidents de grossesse mais favorise les accouchements prématurés. Pourtant jusqu’en 1971, les prescriptions continueront à progresser et des prescriptions de DES en France seront signalées jusqu’en 1980. L’INSERM, publie une étude en 1983 qui estime qu’en 1964, le DES est encore utilisé dans 1,2% des naissances.

Dès 1971, la Food and Drug Administration aux Etats-Unis interdit le DES, à la suite de la publication dans le New England Journal of Medecine (NEJM) d’une étude suggérant le lien entre le DES et le cancer à cellules claires chez des jeunes femmes exposées in utero au DES prescrit à leur mère. Si en Europe, l’Angleterre interdit le DES en 1973, la Belgique et les Pays-Bas en 1975, l’Irlande en 1976, le DES continue à être prescrit en France jusqu’en 1980 chez les femmes enceintes.

En 2003, l’Afssaps informait ainsi la communauté médicale sur les complications génitales et obstétricales qui peuvent être observées chez les personnes qui ont été exposées au diéthylstilboestrol (D.E.S.) in utero en France entre 1948 et 1977 et précisait alors que « seule une partie du corps médical connaît les risques d’une telle exposition » : « Depuis 1970, date de la publication des premiers cas de cancer du vagin, d’autres atteintes ont été décrites, en particulier des anomalies du col utérin pouvant provoquer des problèmes de fertilité et des complications obstétricales. Ce problème reste d’actualité dans la mesure où les patientes exposées, âgées aujourd’hui de 25 à 52 ans, pourront pour les plus jeunes, être confrontées à ces complications, et ce potentiellement jusque dans les années 2015 ».

Aujourd’hui, comme l’écrit l’Afssaps, certaines femmes ont pu être exposées in utero au DES. Or les études américaines montrent à la fois pour les femmes de la première génération et pour ces femmes de la 2e génération (leurs filles) une augmentation du risque de cancer du sein après 40 ans. Aux Etats-Unis, la découverte de 3 cas de cancer de l’ovaire chez les petites-filles « Distilbène » relance l’inquiétude.

Source: santelog.com

décembre 23rd, 2010 by