Une salmonelle résistante à tous les antibiotiques ?

Une vaste étude internationale réalisée par des chercheurs de l’Institut Pasteur de l’INRA, institut national de recherche agronomique, et de l’institut de veille sanitaire, a permis de constater l’émergence d’une salmonelle résistante aux antibiotiques.

Un phénomène soudain et préoccupant. Cette bactérie est traquée depuis plusieurs années, à partir notamment des cas rapportés en Europe par des voyageurs. D’abord limitée à l’Afrique de l’Est, la zone de contamination s’est progressivement élargie à l’Afrique du Nord et de l’Ouest, ainsi qu’au Moyen-Orient. La volaille a été identifiée comme le principal vecteur de la souche.

L’étude, dirigée par François-Xavier Weill, responsable du Centre national de référence des Salmonella à l’Institut Pasteur (Paris), a été publiée ce 3 juillet 2011 dans le Journal of Infectious Diseases.

Deux points inquiètent particulièrement les scientifiques : la zone géographique de contamination se modifie et s’étend « au cours du temps » et, surtout cette expansion géographique va de pair avec l’apparition de résistances aux différents antibiotiques existants, sachant qu’il n’y a pas de nouveaux antibiotiques en développement.

Faute de médicament efficace, il faut contrôler rapidement le réservoir de la bactérie

La bactérie, appelée Salmonella Kentucky, se montre désormais résistante à plusieurs classes d’antibiotiques. L’équipe de François-Xavier Weill et Simon Le Hello de l’Institut Pasteur a récemment montré l’existence en Afrique du Nord de souches devenues également résistantes aux antiobiotiques de 3e génération qui représentent le dernier rempart contre la bactérie.

Que reste-t-il alors pour lutter contre l’épidémie ? Moyennant qu’il n’existe plus de médicament efficace, le Dr Weill insiste sur la nécessité absolue de faire porter rapidement les efforts sur un contrôle urgent du réservoir de la bactérie. Il préconise la mise en place, dans les pays en développement, de systèmes de surveillance permettant d’établir des règles de traitement pour l’homme et l’animal, expliquant que : « S’il y a une stratégie de traitement basée sur des données de surveillance, on retarde le plus longtemps possible l’apparition de souches résistantes », a-t-il affirmé.

La bactérie s’implanterait-elle en France? Pas d’affolement! …

La bactérie commencerait-elle à s’implanter en France ? Alors qu’entre 2002 et 2008 on recensait globalement 500 cas de cette bactérie multirésistante pour la France, le Royaume-Uni et le Danemark, quelque 270 cas ont été confirmés pour la France seule entre 2009 et 2010. Des chiffres qui peuvent paraître encore faibles, mais qui ne sont qu’un pâle reflet de ce qui doit se passer dans la zone de contamination.

Mais, sur ces cas déclarés, seuls 10% d’entre eux n’ont pas déclaré de séjour à l’étranger, ce qui pourrait laisser penser que la bactérie commence à s’implanter en Europe. Pour autant, le Dr Weill reste prudent sur l’hypothèse de cette implantation, arguant que la contamination peut aussi être liée à la consommation de produits d’importation -sachant par exemple que Salmonella Kentucky a par exemple été retrouvée aux Etats-Unis sur des épices importées d’Afrique du Nord. « Bien sûr, il ne faut pas qu’elle s’implante dans les filières animales en France », a-t-il mis en garde, jugeant néanmoins l’hypothèse « peu probable » compte tenu des mesures de contrôle en vigueur.

Source: rfi.fr

août 8th, 2011 by