La leishmaniose progresse dans le monde mais aussi en France métropolitaine

La leishmaniose est une maladie chronique à manifestation cutanée (LC) et/ou viscérale (LV) due à des protozoaires flagellés du genre Leishmania et transmises par la piqûre de certaines espèces de phlébotomes.

Cette maladie est endémique dans 60 à 70 pays de la zone tropicale et méditerranéenne. Récemment, une revue internationale des publications de 1980 à nos jours rapporte une augmentation importante au cours de la dernière décennie des cas importés dans des pays non endémiques : sur 2 577 cas publiés de leishmaniose acquise par le voyage, 80 % concernaient du personnel militaire et 99 % étaient survenus après l’année 2000. Le développement du tourisme international, les opérations militaires, et l’immigration expliquent cette tendance.

Dans le sud de la France, la leishmaniose est due à L infantumégalement responsable de la zoonose des canidés.

L’espèce vectrice principale, P perniciosus, a une large répartition géographique allant du Portugal à la Turquie, mais elle a été signalée jusqu’en Haute-Marne.

Une extension de l’endémie en cas de réchauffement climatique serait donc possible.

Le chien est le réservoir principal de L infantum. La leishmaniose canine est présente dans tout le bassin méditerranéen avec une prévalence très supérieure à la leishmaniose humaine. Cette zoonose ne cesse de s’étendre.

La leishmaniose humaine ne fait pas l’objet d’une déclaration obligatoire mais volontaire au Centre national de référence auprès de qui 997 cas ont été signalés de 1999 à 2009, dont 241 autochtones (24,2 %) et 721 importés (72,3 %). Sur les 241 cas autochtones, 207 (85,1 %) étaient de forme viscérale, et 25 de forme cutanée (10,8 %) ; la leishmaniose muqueuse est exceptionnelle (n=8). La contamination était survenue dans 15 départements, principalement les Alpes-Maritimes (7,2 cas/an) et les Bouches du Rhône (4,3 cas/an). Rapportés à la population de ces département, l’incidence annuelle est maximale dans les Alpes-maritimes (0,66 cas/100 000 habitants). La surveillance passive exercée par le CNR montre néanmoins un défaut « d’exhaustivité ». Les infections asymptomatiques sont fréquentes comme le montre la prévalence de 13 % des anticorps anti-leishmanies chez des donneurs de sang du Sud de la France.

Sur les 718 cas importés, 90,9 % étaient des formes cutanées, principalement à L.majorprovenant d’Afrique du Nord (38,4 %) et d’Afrique sub-saharienne (13,9 %), ainsi qu’à L guyanensisprovenant de Guyane (28 %).

Finalement, la leishmaniose est solidement implantée dans le Sud de la France métropolitaine. Une amélioration de l’exhaustivité des déclarations est nécessaire ainsi qu’une surveillance étroite de la leishmaniose canine vu le risque d’extension de la zoonose à la façade océanique.

Source: Dr Muriel Macé (Pavli A et coll. : Leishmaniasis, an emerging infection in travelers. Int J Infect Dis 2010, 14 :e1032-9. doi : 10,1016/j.ijid.2010.06.019 Dedet JL et coll. Leishmaniose en France métropolitaine BEH Hors série/ 14 septembre 2010. Zoonoses : pour une approche intégrée de la santé à l’interface Homme-Animal)

décembre 14th, 2010 by