Inégalité sociale devant la mortalité par démence

L’étiologie des démences de type Alzheimer est souvent inconnue, mais certains facteurs peuvent contribuer à leur déterminisme. Portant sur 11 études prospectives de cohortes (réalisées entre 1994 et 2004 et concernant 86 508 personnes), une méta-étude britannique s’intéresse ainsi au rôle du contexte social et financier pour déceler l’existence d’une association éventuelle entre le niveau socio-économique en début de vie puis à l’âge adulte et la mortalité ultérieure par démence. On constate notamment que le fait d’avoir quitté le parcours éducatif très jeune (avant l’âge de 14 ans) est associé à une surmortalité par démence chez les femmes, ce risque étant alors presque doublé, comparativement aux sujets ayant poursuivi leurs études après l’âge de 16 ans (Hazard Ratio = 1,76 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,23 à 2,53). Mais curieusement, une telle association n’est pas retrouvée chez les hommes. De plus, les contempteurs de la traditionnelle lutte des classes ne pourront pas trouver dans cette recherche un nouvel argument, puisque l’appartenance à une certaine classe sociale « n’est pas de façon statistiquement significative associée à la mort par démence », ni chez les hommes ni chez les femmes.

Indépendamment des autres facteurs de risque (comorbidités, comportements, addictions…), un niveau médiocre de scolarité se révèle donc associé à un risque accru de mortalité par démence chez les femmes. Le rôle de l’éducation et du niveau d’efficience intellectuelle seraient liés à l’hypothèse dite de la « réserve cognitive » selon laquelle certains cerveaux seraient « structurellement ou fonctionnellement plus résistants » à certaines lésions ou maladies. Les auteurs estiment que si cette association entre le (faible) niveau d’éducation et le risque de démence sénile « devait refléter un lien causal », cela impliquerait une conséquence pratique pour les décideurs politiques : la nécessité de promouvoir un meilleur niveau d’éducation chez les femmes, afin de réduire ce risque d’une « affection fréquente et grave. »

Source:  Dr Alain Cohen (Russ TC et coll.: Socioeconomic status as a risk factor for dementia death: individual participant meta-analysis of 86 508 men and women from the UK. Br J Psychiatry 2013 ; 203 : 10–17.)

août 12th, 2013 by