Alcool au cours de la grossesse : une menace pour la fertilité des hommes ?

La consommation maternelle d’alcool au cours de la grossesse peut menacer la santé et le développement du foetus. Une exposition prénatale faible à modérée à l’alcool augmente les risques de retard de croissance, de fausses couches spontanées, de mort-né, d’accouchement prématuré, de faible poids à la naissance et d’autres anomalies. Chez les hommes, la consommation d’alcool semble également être associée à une altération de la quantité et de la qualité du sperme. Mais jusqu’ici les conséquences d’une exposition prénatale à l’alcool sur la qualité ultérieure du sperme n’avaient pas été examinées.

Une équipe danoise s’y est donc employée. Ainsi, 347 garçons issus d’une cohorte de grossesses constituée entre 1984 et 1987 ont été recrutés entre 2005 et 2006 alors qu’ils étaient âgés de 18 à 21 ans. Les échantillons de sperme et de sang ont été analysés respectivement pour les paramètres conventionnels du sperme et pour les taux d’hormones de la reproduction. Les informations sur la consommation maternelle d’alcool avaient été collectées de manière prospective pendant la grossesse. Quatre groupes ont été distingués selon le niveau de consommation d’alcool total par semaine (< 1 verre par semaine, n=110; 1-1,5, n=127; 2-4, n=72; > 4,5, n=38). Au Danemark, un verre contient environ 12 grammes d’alcool.

La concentration en spermatozoïdes diminue avec l’augmentation de l’exposition prénatale à l’alcool (p=0,05). Ainsi la concentration moyenne ajustée chez les fils des mères ayant consommé au moins 4,5 verres par semaines pendant la grossesse est de 40 millions/ml (IC 95 % : 25-60). Cette concentration est inférieure de 32 % à celle des hommes exposés en période prénatale à moins d’un verre par semaine (59 millions/ml ; IC 95 % : 44-77 ; p=0,04). On retrouve également une association entre volume du sperme et nombre total de spermatozoïdes et exposition prénatale à l’alcool mais celle-ci n’est pas dose dépendante : on constate en effet une augmentation du volume du sperme de 24 % (p=0,001) et du nombre total des spermatozoïdes de 48 % (p=0,005) en cas d’exposition prénatale à 1 – 1,5 verre par semaine, par rapport à une exposition à moins d’un verre par semaine, la différence n’étant pas statistiquement significative. Les ajustements en fonction de la consommation d’alcool des sujets eux-mêmes n’ont pas modifié les résultats. Aucune variation significative n’a été trouvée en ce qui concerne la mobilité et de la morphologie du sperme ou des hormones de la reproduction (testostérone, oestradiol, FSH, LH, SHBG et inhibine B).

En conclusion, les résultats de cette étude suggèrent que l’exposition prénatale à l’alcool pourrait avoir des effets néfastes persistants sur les cellules de Sertoli, et ainsi sur la concentration du sperme. D’autres études devraient déterminer si ces associations sont causales, ce qui pourrait expliquer certaines différences rapportées entre diverses populations et certaines dégradations à long terme de la qualité du sperme.

Source: Dr Viola Polena (Ramlau-Hansen CH et coll. : Maternal alcohol consumption during pregnancy and semen quality in the male offspring: two decades of follow-up. Hum Reprod., 2010; 25: 2340-5.)

octobre 13th, 2010 by